✖ Nom complet : Pio Spiller Adkins. ✖ Surnom(s) : Spillikins. ✖ Âge : 19 ans. ✖ Emplois/Etudes/Occupations : Étudiant en droit/employé à mi-temps dans un fast-food. ✖ Orientation : Bisexuel. ✖ Nationalité/Origines : Italienne. ✖ Aime/N'aime pas : Il aime manger, faire du saut en hauteur, fixer les gens, les chaussettes dépareillées, les pastèques, regarder des séries débiles en mangeant du pop-corn, trainer toute la journée en caleçon, envoyer des mails à des adresses au hasard, boire du thé, le thé en général, prendre le train et jouer du violon. Il n’aime pas la couleur bleue, a un problème avec les chewing-gums, la cigarette et la drogue, il déteste par-dessus tout dormir mais déteste encore plus être le dernier debout, qu’on l’appelle Pio alors que l’on n’est pas proche de lui. Il n’aime pas non plus la musique, exception faite des morceaux instrumentaux.
| ✖ Description du physique : D’une certaine façon, on ne pouvait pas dire que Spiller était beau garçon. Il n’était pas le genre qui attirait l’attention, pas le genre qui faisait se retourner les filles, pas le genre qui étouffait sous un charisme galopant. Spiller était un garçon dans la norme. Taille moyenne, poids moyen, beauté moyenne, vague et pâle, une copie de copie de copie d’un adolescent qu’on a aperçu du coin de l’œil à l’heure où les étudiants sortent de cours. Si l’on devait le décrire, il n’y a pas à réfléchir, le premier mot qui viendrait à l’esprit de tout un chacun reste : « banal ». Fantomatique, ailleurs, intangible, transparent. C’est un mec, comme tant d’autre, un qui leur ressemble tous. Un adolescent fragile dans son unique banalité. Rien de plus. Rien de moins. Des cheveux secs, oscillant entre le brun et le châtain, vestige paternel d’une grand-mère italienne, des yeux d’un marron ternes. Un menton un peu pointu, des épaules un peu carrées. Rien d’essentiel.
C’est dans les détails, qu’on entrevoit une différence, une accumulation de petites incohérences qui attirent le regard qui s’attarde assez longtemps, une somme de minuscules alertes qui finissent par titiller le cerveau. C’est tout d’abord le relief étrange de muscle fin sur sa carcasse maigre. Une musculature discrète mais bien présente, étonnante tant son visage d’enfant sage semble annoncer l’intellectuel de base, pâle et aussi puissant qu’une feuille de papier mouillée. Ce ne sont pas des muscles de salles de sport, pas des muscles artificiels. Ce sont des muscles plein d’efforts, des muscles taillés à coup de courses et d’entrainements ; des muscles assez incongrus pour sa carrure, aussi. On n’en attendait pas tant. Ce n’est pourtant pas le seul bug de la matrice, pas la seule erreur. Spiller, c’est aussi toute la sensualité du monde dans un grain de beauté au coin des lèvres. Le détail qui attrape, qui capte le regard, qui fait battre les cils. C’est féminin, qu’il vous dira, une pointe de dédain agacé dans les yeux. Ce sont des choses qui marquent.
Il y en a d’autres, des petites choses, des détails, d’infimes infirmités. Des cicatrices à des endroits étranges, des vestiges de blessures et de chutes. Des choses qui n’importent pas.
✖ Description du caractère : Pio c’était ce genre de type sans grande prétention. Pas le meilleur de sa classe, pas le plus fort en sport, pas le plus endurant, pas le plus séducteur. C’était pas forcément le plus à l’aise, pas forcément le plus serviable ou le plus poli, sûrement pas le plus ponctuel ou le plus assidu. Pio c’était pas grand-chose et ça le faisait un peu sourire parfois quand il s’asseyait d’un air désinvolte dans un coin, regardant passer tous ces gens qui étaient « plus » que lui. Spiller n’était « plus » que personne mais au moins était-il dans la moyenne partout. Ça lui ouvrait davantage de porte. D’un tempérament égal, on le voyait peu s’emballer tant positivement que négativement : s’il vous appréciait, à peine vous souriait-il, si, au contraire, vous l’enquiquiniez, à peine receviez vous un haussement de sourcil. Ce n’est pas tant qu’il ne ressentait rien plutôt que le fait qu’il était maladivement timide pour tout ce qui touchait à ses sentiments. Il fallait avancer à petit pas discrets pour espérer le voir exprimer une émotion. Il fallait être subtil, le prendre en traitre et l’acculer pour qu’il s’énerve, qu’il rit ou qu’il pleure, qu’il avoue qu’il aime ou qu’il hait. Il était mignon, Pio, avec son sourire en coin et cet air impassible sur le visage. Il ne cherchait pas à blesser son prochain ou à lui nuire, il ne tentait pas non plus de lui-même de lui faire du bien. Pas si ça ne lui rapportait rien. D’une certaine façon, Pio stagnait dans un perpétuel statut quo. Il ne cherchait pas à ce qu’on l’aime mais évitait à tout prix qu’on le déteste. Il se rendait malléable au possible. Ça avait un côté exaspérant de le voir perpétuellement rallier le plus grand nombre quand bien même il détestait cela. Il n’était pas rare, d’ailleurs, de le voir changer d’avis, de l’entendre aimer puis détester quelque chose simplement pour suivre la masse.
Pio disait que c’était simplement l’instinct de survie. La plupart des gens pensait à de la lâcheté. À vrai dire, c’était sans doute ce que c’était.
S’il y avait une chose que Spiller détestait plus que tout c’était bien les tensions. Il n’aimait pas en être la cible, il haïssait en faire les frais. Tout simplement parce que la plupart du temps il ne comprenait pas. S’il sentait qu’il y avait un problème, il n’arrivait cependant pas à en déterminer la cause, allergique aux sous-entendus comme il l’était. Impossible, pour lui, d’appréhender ce que l’on essayait de lui faire comprendre si l’on ne lui disait pas clairement. Les « Je t’apprécie » qui veulent dire « Je t’aime », il ne comprenait pas. Les « Je ferais mieux d’y aller » qui signifient « Tu m’ennuies, pourrais-tu me laisser ? » lui échappent aussi. À moins de le prendre de front, à moins d’être franc, clair et précis, il ne parviendra pas à saisir quelle est cette étrange chose que vous essayez désespérément de lui communiquer. Au début, ça peut être assez déconcertant, lorsque, par exemple, vous lui demandez s’il a un stylo bille, qu’il vous répond oui mais que rien d’autre ne suit et qu’il se contente, un peu naïvement, de vous fixer d’un air interrogateur. Au début, c’est assez exaspérant. Les gens ne savent pas trop sur quel pied danser, les gens ne savent pas trop s’il fait exprès. Grand bien leur fasse. Techniquement, il faisait exprès.
Pio n’est pas un grand manipulateur, loin de là, ce n’est pas l’idée. Pio, en fait, tente de se situer perpétuellement dans ce qu’il appelle « l’angle mort » des gens. Ça lui permet de vivre tranquillement. Il n’aime pas qu’on le regarde, n’aime pas attirer l’attention, n’aime pas se prendre la tête au jeu des faux-semblants. Il jugeait que ça n’en valait pas la peine, que vous n’en valiez pas la peine, tous, autant que vous étiez, de se creuser la tête ou de trop réfléchir. Alors, il fait tout pour que les gens soient clairs lorsqu’ils lui adressent la parole, alors il prend tout au pied de la lettre. Pour le meilleur et pour le pire. Après tout, il ne remettra jamais la parole de qui que ce soit en doute.
Du moins pas en face.
✖ L'histoire de votre personnage : Les doigts graisseux tapotaient le comptoir qu’il avait mis plusieurs minutes à lustrer quelques minutes auparavant. Le visage de Pio s’était délicatement teinté d’agacement alors que le jeune homme fixait la liste des hamburgers d’un air bovin — et c’était le cas de le dire. Du plus loin qu’il se souvenait, ce gamin avait toujours prodigieusement ennuyé Spiller. Ce n’était pas parce qu’il était stupide ou même parce qu’il était désagréable — la façon mesquine dont il le fixait suffisait à illustrer ce trait de caractère là — mais plus parce que, et personne ne le remarquait de prime abord, ce client-là était son frère. Dans la famille Adkins, depuis des générations, on se moquait pas mal des liens du sang. Ça s’illustrait parfaitement par sa situation familiale actuelle : si son frère se foutait de lui au moins lui parlait-il encore. Ce n’était pas le cas de ses parents. Ce qui était autrement plus embêtant.
Ça avait commencé le jour où il avait eu dix-huit ans. C’était un peu avant l’examen final du lycée et, lorsqu’il était rentré chez lui, les serrures avaient été changées et une pile de carton patientait devant la porte. Ce jour-là, Pio avait béni la pluie de n’être pas tombée ainsi que ses parents de l’avoir forcé à travailler chaque vacances parce que, mine de rien, ses parents l’avaient foutu à la porte. Spiller n’avait rien fait de mal, soyons clair sur ce point. Il était juste devenu adulte. Il était bien connu que la meilleure façon de rendre ses enfants indépendants c’était de les expulser sans préavis, évidemment. D’une certaine façon, il s’y attendait. C’était arrivé sept bonnes années plus tôt à Fiamma, à sa sœur ainée, à cette petite boule de nerfs qu’elle avait toujours été. Il avait suffi qu’il lui téléphone pour qu’elle vienne le chercher, il avait suffi, en fait, qu’il lui rappelle la date pour qu’elle propose de l’héberger. Dans la trilogie fraternelle Adkins, le taux de sympathie allait de paire avec la place dans la fratrie : plus on était né tôt, plus on avait raflé de morceaux de gentillesse au grand loto de la vie. Autant dire que Livio, le cadet, était plutôt franchement mal barré sur ce point. D’ailleurs, alors qu’ils chargeaient les cartons à l’arrière de la voiture bringuebalante de sa sœur, il les observait, accoudé à la fenêtre de sa chambre, buvant à petite gorgée un coca-cola. Saleté, avait pensé Spiller. Va mourir. Bien sûr, il ne l’avait pas formulé.
Avant cela, pourtant, la vie de Pio avait été plutôt tranquille. Il avait grandi dans une ambiance plutôt tendue mais correcte, n’avait pas fait de heurts, n’avait pas causé de problème. Il avait dit « Oui Amen » à tout, avait courbé l’échine sans protester. C’était le genre de gamin qu’on avait jamais puni mais dont on peinait à se souvenir du prénom. Le gamin sans histoire quoi. C’était exactement ça. Alors quand il s’était retrouvé à la porte, à dormir sur le canapé défoncé de sa sœur au milieu de ses disques de musique classique et de son étui à violon, à se les geler sous un plaid tout effiloché qui sentait fort la cendre froide, il avait ressenti avec effroi les prémices de rebondissements dont il n’avait jamais voulu. Ses dix-huit premières années avait en fait été l’introduction d’un roman qui ne s’annonçait finalement pas de tout repos. Situation initiale, check. Élément déclencheur, done. Restait plus que tout le reste. C’était bien ce qui le faisait flipper. Il avait d’ailleurs eu la trouille un long moment. Ça ne l’avait pas empêché de décrocher son diplôme finalement. Avec mention. Assez bien. Ça lui ressemblait beaucoup. La fête qu’ils avaient faite pour célébrer la fin du lycée avait été aussi comme ça. Assez bien. Ça résumait bien toute sa vie. Il avait perdu contact avec ces gens-là. Avec tous ces garçons qu’il avait appelé ses amis. Ça ne l’avait pas touché.
Il avait du trouver un boulot pour payer ses études. Sa sœur avait continué de l’héberge mais, et il en avait cruellement conscience, il ne pouvait continuer à vivre à ses crochets. Il avait été embauché dans un fast-food, avait embrassé une carrière de frite géante tant l’odeur de l’huile semblait s’accrocher à sa peau. Il s’y était fait. Il avait même fini par apprécier son boulot parce qu’il ne lui demandait pas de réfléchir et parce que son frère venait le voir, parfois. Pour se moquer de lui et pour l’ennuyer, certes. Mais il venait quand même. Ça lui faisait plaisir. Arrivé à la fac, ça avait été rebelote. Il avait trouvé des « amis », s’était fondu dans la masse. Il avait été assez bien, toujours, comme d’habitude et ça l’avait un peu fait sourire parce que rien n’avait changé. Il n’y avait eu aucune péripétie désagréable, il n’avait connu qu’une longue accalmie. Il n’avait pas connu l’amour non plus.
D’une certaine façon, ça lui avait manqué. C’est peut-être pour ça qu’il s’était branché sur Love-Communication.com la première fois. Peut-être aussi pour faire comme tous ses amis. Peut-être pour parler à son frère sans qu’il ne sache qui il était aussi. Pour un peu de tout ça sans doute surtout.
Il avait cherché à mettre du piment dans sa vie. C’était plutôt réussi.
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